Hier dans la nuit, j’ai lu le proverbe suivant :
«le deuil est un cadeau car il symbolise qu’il y a eu de l’amour et de bons moments partagés»
Je pense que c’est toi qui me l’as envoyé.
Notre histoire a commencé il y a 34 ans. Tu étais sur une photo en noir et blanc, accrochée au mur de la chambre de Dominique, aux États-Unis, en train de faire une galipette la tête en bas, comme si tu voyais la vie vue sous une autre perspective, avec ton grain de folie qui te caractérise. Tout de suite, cela m’a plu.
Nous nous sommes rencontrés quelques mois après, en Espagne. Ton sourire et ta gaieté m’ont conquise. Par contre, effectivement ta perspective était différente de la mienne : là où je te montrais de beaux châteaux et de beaux exemples d’architecture espagnole, tu t’intéressais et trouvais bien plus amusant de photographier des draps étendus qui séchaient à l’extérieur sur les balcons des maisons quelconques. Avec le temps, j’ai appris à comprendre ce point de vue, loin de la beauté apparente, finalement plus authentique et originale, et ton humour moqueur, qu’il m’arrive d’utiliser maintenant…( mais bon, pas tout le temps).
Puis, il y a eu des fous rires et des batailles aux pistolets à eau dans le jardin de Montmorency, nos danses mélangées aux mouvements désordonnés de tes cours de gym aux rythmes des chansons des années 90 de type Manbo N5, des fous rires et aussi des larmes, et enfin la découverte de votre univers que je me suis approprié comme étant le mien : vous étiez devenus ma famille .
Et après se suivraient, les visites à Gérardmer, Mulhouse, les rencontres avec les cousins intrépides, sœurs et parents attachants, le mariage avec Dom, l’arrivée des enfants, votre déménagement et votre nouvelle vie en Corse rythmée par des baignades au Fango et après-midis à la campagne, nos inoubliables brunchs au Punderson aux US, la Bretagne et les courses à vélo trépidantes sur fauteuil roulant électrique, vélo ou tricycle, où personne pouvait t’arrêter … Bref, plus de la moitié d’une vie partagée avec les Rothan.
Je suis pleinement conquise. Tu es la maman de l’homme que « je l’aime à mourir », comme dirait Francis Cabrel (c’est dans le thème, mais bon, si on peut l’éviter c’est aussi bien), à qui tu as inculqué celles qui représentent de grandes valeurs pour moi : la magie de pouvoir conserver son âme d’enfant pour toujours, la confiance en soi, le sens des responsabilités, de l’organisation et de la structure et du travail bien fait. Et tu as répandu cette même confiance et magie à tes petits-enfants: la confiance de savoir que leurs opinions comptaient plus que tout, que leur Papoune et Mamoune étaient là pour eux, pour toujours. … (pas tout à fait réussi le sens de l’organisation pour certains… mais on y crois encore)
Maintenant, tu n’es plus physiquement là, mais là où tu es, tu pourras suivre leurs péripéties à travers le monde, et ainsi les protéger.
Après notre croisière et avant de nous quitter, tu m’as dit que j’avais eu une bonne idée et que nous avions passé de bons moments ensemble.
J’ai envie de penser que tout était comme prédestiné,
1- que ta souffrance croissante et ton avenir sombre devaient prendre fin mais non sans se retrouver une dernière fois et faire vivre notre « magie » : célébrer un beau Noël , partager rires, cadeaux et jeux , tous ensemble, un dernier voyage et des découvertes insolites que tu aimais tant à raconter à ta famille, à tes copines du yoga du rire et au personnel hospitalier (incluant un tour en bateaux toute vitesse à Rotterdam et la visite du quartier St Paouli à Hambourg )
2- que tu aurais une fin de vie rapide, et qui même si elle est cruelle et si difficile à accepter, t’a permis d’éviter le pire : un avenir que tu n’aurais pas supporté.
3- Et aussi, ce qui est très important, que tu nous nous laisse notre Papoune avec nous, que nous tâcherons de chérir avec tout notre cœur en ton absence, même s’il rouspète…
Comme Maeline a bien dit, c’est une vraie bénédiction, de l’avoir avec nous.
Quand je t’ai vue à l’hôpital, tu reposais sur ton lit, relâchée, paisible et incroyablement belle.
Et oui, tu étais là, inerte, et cette réalité était très difficile à supporter.
Merci d’avoir été une superbe belle-mère, grand-mère, merci pour tous ces rires, ta bonne humeur, et ta joie de vivre partagés à travers les années. Ton amour et bienveillance vont beaucoup nous manquer ;
Bon voyage, ma toute belle, belle-maman. Je sais au fond de mon cœur que tu n’es pas très loin.